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Homestory : « Mon premier luminaire est le fruit d'un heureux hasard »

Ferruccio Laviani fait indéniablement partie des piliers historiques du design. Il s'est fait connaître notamment grâce à ses créations de luminaires innovantes en polycarbonate, qui ont donné une nouvelle impulsion au monde de l'éclairage. En 2021, Ferruccio Laviani a célébré ses 30 ans en tant que directeur design de Kartell. Dans cette interview, il parle de durabilité, des principales étapes de sa carrière, et révèle laquelle de ses créations a pour lui la plus grande valeur émotionnelle.

Monsieur Laviani, merci beaucoup pour votre temps. Pouvez-vous nous dire où vous vous trouvez en ce moment ?
Bien sûr, je suis actuellement au studio, au centre de Milan, juste en face de la Villa Necchi.

Cela ressemble déjà à une expérience design en soi. Tout comme votre parcours professionnel chez Kartell, qui dure maintenant depuis bien 30 ans. Qu'est-ce qui rend cette relation si particulière ?
C'est simple : Kartell est la première entreprise avec laquelle j'ai collaboré en tant que designer indépendant, en 1991. J'étais encore très jeune, et Kartell était la première marque que je voulais convaincre de mes visions, donc tout était très excitant pour moi.

À l'époque, l'entreprise traversait une période de transition, suite à un changement de propriétaire, ce qui m'a offert, en tant que jeune designer, de nombreuses opportunités. Je suis encore aujourd'hui très reconnaissant pour cette chance.

Une relation exceptionnelle, donc. Vous souvenez-vous d'un projet en particulier qui a été un défi pour vous ?
Au fil des années, j'ai participé à de nombreux projets, tous exigeants à leur manière. Mais le Kartell Museum a vraiment été quelque chose de nouveau. Il a été créé en 1999, à l'occasion du 50e anniversaire de Kartell.

Avant l'ouverture, tous les produits, photos et campagnes publicitaires créés au cours de ce demi-siècle devaient être examinés, triés et retravaillés. C'est aussi à ce moment-là que j'ai commencé, pour la première fois, à envisager de concevoir des luminaires.

Le design de luminaires n'a donc pas toujours été votre dada ?
Non, le premier produit que j'ai conçu pour Kartell était en fait une table. Mais quand j'ai découvert, lors de mes recherches, la collection de luminaires des années 60 et 70, l'envie de les rééditer s'est allumée en moi. À l'époque, cela ne s'est cependant pas concrétisé, car on craignait de paraître trop nostalgique. Mon premier luminaire pour Kartell est donc plutôt le fruit d'un heureux hasard.

Et de quel luminaire s'agissait-il ?
Depuis mes débuts chez Kartell, j'étais responsable de la présentation de l'entreprise au Salone Internazionale del Mobile. En 2000, il nous fallait un éclairage adapté pour le stand, et bien sûr, il ne devait pas venir de la concurrence. J'ai donc développé un prototype de la suspension FL/Y.

Ce luminaire n'était à l'origine prévu que comme décoration pour le stand. Mais pendant le salon, l'intérêt des acheteurs pour la FL/Y a été si important que j'ai été chargé de sa production. Et c'est ainsi que je me suis retrouvé dans les luminaires [rires].

La FL/Y a été suivie de nombreuses autres créations de luminaires. Qu'est-ce qui vous fascine, depuis, dans ce produit qu'est le luminaire ?
Je crois que le secret du luminaire réside dans sa place culturelle. Il est très présent dans notre intérieur, et façonne fortement l'ambiance de vie. En même temps, un luminaire n'est pas aussi statique qu'une table : il peut facilement être déplacé, et donner ainsi une note complètement nouvelle à une pièce - presque comme une carte de visite, qui révèle ce qu'une personne aime et quel style elle préfère.

Parmi tous les produits que vous avez réalisés jusqu'à présent : lequel est votre projet de cœur, et pourquoi ?
C'est un peu comme avoir cinq enfants et devoir décider lequel est le meilleur. Même si je sais très bien lequel n'est pas mon meilleur produit, mais je ne le dirai pas maintenant [rires]. L'un de mes luminaires préférés est la lampe Taj, que j'ai également développée pour Kartell. En réalité, elle n'a pas connu autant de succès que d'autres créations, mais j'y associe une évolution personnelle.

Ça a l'air passionnant. Qu'entendez-vous exactement par là ?
La Taj est importante pour moi pour deux raisons : c'est la première que j'ai conçue après la très populaire lampe Bourgie. Beaucoup de gens pensaient, à tort, que je suivais un style romantique et néobaroque. En réalité, avec la Bourgie, je voulais me moquer du goût des gens riches et de leur style de décoration pompeux.

Vos luminaires sont presque entièrement en polycarbonate. Quels avantages voyez-vous dans l'utilisation de ce matériau ?
Au début des années 2000, Kartell faisait figure de pionnier dans l'utilisation du plastique. Personne, dans le secteur de la décoration, n'avait utilisé ce type de matériau auparavant. Le tout premier projet était « La Marie » de Philippe Starck, une petite chaise aux pieds flexibles.

La transparence du plastique était aussi un immense succès à l'époque. Il était donc évident de continuer à travailler avec ce matériau. De plus, les luminaires en polycarbonate permettent des reflets de lumière particulièrement beaux.

L'utilisation du plastique est donc profondément ancrée dans l'ADN de Kartell. Selon vous, cela reste-t-il compatible, aujourd'hui encore, avec le sujet tant débattu de la durabilité ?
Il est important de parler de durabilité, car notre planète change constamment. Nous sommes en novembre, et il fait actuellement 28 degrés ici, à Milan. Ce n'est pas normal. Beaucoup de gens continuent à utiliser le plastique de façon trop irréfléchie, et manquent de respect envers la nature.

Mais quand j'achète un luminaire en plastique, c'est quelque chose de tout à fait différent. Il n'est pas destiné à être jeté dès le lendemain. Bien au contraire, il est fait pour devenir un élément durable de son intérieur, et y apporter de la joie pendant longtemps.

Malgré tout, des changements vers plus de durabilité se font-ils sentir chez Kartell ?
Absolument. Kartell travaille sans relâche à identifier de nouveaux matériaux biologiques, adaptés à la conception de produits. Et le polycarbonate utilisé aujourd'hui est lui aussi, en grande partie, recyclé - notamment à partir d'anciennes bouteilles en plastique. Nous avons commencé cela dès les années 90. Le problème, à l'époque, était que le plastique recyclé n'était pas encore aussi performant, sa structure était plus poreuse et moins régulière. Il ne convenait que partiellement à la production de meubles. Aujourd'hui, c'est différent - nous nous en rapprochons étape par étape.

Comme on dit si bien : tout vient à point à qui sait attendre. Quel luminaire vous a demandé le plus de temps jusqu'à présent, et sur quel nouveau produit travaillez-vous actuellement ?
La Kabuki a nécessité environ trois ans de travail de développement. Sa structure et son motif sont très complexes, et s'inspirent d'un tissu en dentelle. Nous avons dû la réaliser en collaboration avec un constructeur automobile, car nous avions besoin de pièces en plastique particulièrement grandes.

Après avoir présenté cette année la Take, plus abordable, au salon du meuble de Milan, un nouveau modèle verra à nouveau le jour l'année prochaine. Un peu plus dans l'esprit de la Bourgie, mais plus simple et plus dans l'air du temps, si l'on peut dire.

Nous sommes impatients de le découvrir ! Merci beaucoup, Ferruccio Laviani, pour votre temps et cette conversation intéressante.

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